septembre 15, 2026

Comment fonctionnent les impôts pour les expatriés en Thaïlande ?

Travail nocturne dans un appartement thaïlandais, expatrié concentré devant un écran lumineux

Si vous vivez en Thaïlande plus de 180 jours par an, vous êtes considéré comme résident fiscal thaïlandais. Depuis le 1er janvier 2024, tous les revenus étrangers que vous transférez sur un compte thaïlandais sont potentiellement imposables, avec un barème progressif de 0 % à 35 %. Pour les Français, la convention fiscale franco-thaïlandaise de 1974 permet en principe d’éviter la double imposition, mais son application concrète reste un sujet de tension entre les deux administrations.

J’ai vu beaucoup d’expatriés autour de moi découvrir ces règles trop tard, parfois au moment de leur première déclaration thaïlandaise. Ce guide fait le point sur ce qui a changé, ce que vous devez déclarer, et les erreurs à éviter.

CE QU’IL FAUT RETENIR

  • ✓ Résident fiscal = plus de 180 jours/an en Thaïlande
  • ✓ Barème progressif : 0 % à 35 % selon les tranches de revenus
  • ✓ Depuis 2024 : les revenus étrangers transférés en Thaïlande sont imposables
  • ✓ Convention France-Thaïlande (1974) : crédit d’impôt pour éviter la double imposition
  • ✓ Déclaration thaïlandaise : avant le 31 mars de l’année suivante (formulaire PND 90/91)

Qui est résident fiscal en Thaïlande ?

La règle est simple : si vous passez 180 jours ou plus par an sur le territoire thaïlandais, vous êtes résident fiscal. Les jours sont comptés de manière cumulative sur l’année civile (du 1er janvier au 31 décembre), qu’ils soient consécutifs ou non. L’Immigration thaïlandaise transmet les données d’entrées et sorties au Revenue Department.

Ce seuil est déterminant. En dessous de 180 jours, vous n’êtes imposable en Thaïlande que sur vos revenus de source thaïlandaise (salaire local, revenus locatifs d’un bien en Thaïlande). Au-dessus, vos revenus étrangers transférés entrent aussi dans le champ de l’impôt.

Pour les titulaires d’un visa de long séjour, le seuil est atteint rapidement. Un retraité avec un visa O-A ou un nomade digital avec un visa DTV qui reste plus de six mois en Thaïlande devient automatiquement résident fiscal.

Quels revenus sont imposables en Thaïlande ?

Revenus de source thaïlandaise

Tout revenu généré par une activité ou un bien situé en Thaïlande est imposable, que vous soyez résident fiscal ou non. Cela inclut les salaires versés par un employeur thaïlandais, les revenus d’une entreprise enregistrée localement, ou encore les loyers perçus sur un bien immobilier en Thaïlande.

Revenus de source étrangère (la grande réforme de 2024)

C’est le changement majeur. Avant 2024, une astuce bien connue des expatriés consistait à transférer ses revenus étrangers en Thaïlande l’année suivant celle où ils avaient été perçus, ce qui les rendait non imposables. Les Notifications n° 161 et 162 du Revenue Department, entrées en vigueur le 1er janvier 2024, ont mis fin à cette pratique.

Désormais, les revenus étrangers transférés en Thaïlande sont imposables quelle que soit l’année de perception. Concrètement : si vous transférez en 2025 des dividendes perçus en 2023, ils sont imposables. La seule exception concerne les capitaux et revenus accumulés avant le 31 décembre 2023, qui restent exonérés à condition de pouvoir prouver leur antériorité avec des relevés bancaires.

⚠️ POINT DE VIGILANCE

Le fisc thaïlandais considère comme « transfert » tout virement vers un compte bancaire thaïlandais, mais aussi l’utilisation de revenus étrangers pour payer des dépenses en Thaïlande ou le règlement de dettes locales depuis un compte offshore. Si vous ne pouvez pas prouver l’origine et la date de perception de vos fonds, l’administration appliquera par défaut la tranche d’imposition la plus élevée. Conservez tous vos relevés bancaires et justificatifs.

Quel est le barème de l’impôt sur le revenu en Thaïlande ?

La Thaïlande applique un barème progressif comparable dans sa logique à celui de la France, mais avec des tranches et des taux différents. Voici les tranches en vigueur :

Revenu imposable annuel (THB) Taux d’imposition Équivalent approximatif (€)
0 – 150 000 0 % 0 – 3 900 €
150 001 – 300 000 5 % 3 900 – 7 800 €
300 001 – 500 000 10 % 7 800 – 13 000 €
500 001 – 750 000 15 % 13 000 – 19 500 €
750 001 – 1 000 000 20 % 19 500 – 26 000 €
1 000 001 – 2 000 000 25 % 26 000 – 52 000 €
2 000 001 – 5 000 000 30 % 52 000 – 130 000 €
Plus de 5 000 000 35 % Plus de 130 000 €

En pratique, un expatrié qui transfère l’équivalent de 1 500 € par mois en Thaïlande (soit environ 18 000 €/an, ou 690 000 THB) se situerait dans la tranche à 15 %, après application des abattements personnels. La Thaïlande ne prélève ni impôt sur la fortune ni impôt sur les successions (en dessous de 100 millions de bahts thaïlandais).

La convention fiscale France-Thaïlande : comment éviter la double imposition ?

La convention de 1974 entre la France et la Thaïlande est le texte clé pour tout Français résidant en Thaïlande. Son objectif : empêcher qu’un même revenu soit taxé dans les deux pays. Elle fonctionne par un système de crédit d’impôt : si vous avez déjà payé l’impôt en France sur un revenu, la Thaïlande déduit ce montant de votre impôt local.

Consultation dans un bureau thaïlandais avec un conseiller fiscal thaïlandais

Le cas des pensions de retraite françaises

C’est le sujet qui a provoqué le plus d’inquiétude chez les quelque 6 000 retraités français vivant en Thaïlande. Selon les articles 18 et 19 de la convention, les pensions de retraite françaises (publiques et privées) restent imposables en France.

En février 2026, l’ambassade de France à Bangkok a publié un communiqué important : les autorités fiscales thaïlandaises ont confirmé que les pensions françaises bénéficient de la méthode d’exonération prévue à l’article 23 de la convention. Autrement dit, si votre retraite est déjà imposée en France, la Thaïlande doit l’exonérer.

En pratique, la situation reste plus nuancée. Le Revenue Department thaïlandais peut exiger que vous prouviez que les fonds transférés sur votre compte thaïlandais proviennent bien de pensions déjà imposées en France. Sans justificatif, chaque transfert peut être considéré comme un revenu imposable.

Les autres revenus (dividendes, intérêts, plus-values)

Pour les revenus mobiliers (dividendes, intérêts), la convention prévoit généralement une imposition partagée avec des taux plafonnés. Les dividendes versés de France vers la Thaïlande bénéficient d’un taux réduit de retenue à la source. Les plus-values immobilières sont imposées dans le pays où se trouve le bien.

Des questions sur votre fiscalité d’expatrié ?

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Vos obligations côté France : le statut de non-résident

Si vous quittez la France pour vous installer en Thaïlande et que votre foyer fiscal (conjoint, enfants) ne reste pas en France, vous devenez non-résident fiscal français. Vous relevez alors du Service des impôts des particuliers non-résidents, basé à Noisy-le-Grand.

En tant que non-résident, vous restez imposable en France uniquement sur vos revenus de source française : pensions de retraite, revenus fonciers, plus-values immobilières. Vous déclarez via le formulaire 2042-NR. Les prélèvements sociaux (CSG, CRDS) ne s’appliquent plus sur vos pensions, mais la COTAM à 3,2 % (ou 4,2 % selon la caisse) est maintenue.

Point important : même si vous vivez en Thaïlande, la France calcule votre taux d’imposition en tenant compte de vos revenus mondiaux (c’est le principe du taux moyen). Vous devez donc déclarer vos revenus étrangers sur le formulaire 2041-E, même s’ils ne sont pas imposés en France.

Ce que les blogs ne disent pas sur la fiscalité en Thaïlande

La réforme de 2024 a créé un flou juridique qui persiste en 2026. En visitant les bureaux provinciaux du Revenue Department, j’ai constaté que l’interprétation des textes varie d’un contrôleur à l’autre, d’une province à l’autre. À Bangkok, les agents sont généralement mieux formés sur les conventions internationales qu’en province.

Autre réalité peu mentionnée : le décalage calendaire entre les deux pays complique les choses. L’impôt thaïlandais sur les revenus 2025 est dû avant le 31 mars 2026, alors que le crédit d’impôt correspondant (basé sur l’impôt français) ne peut être demandé qu’en 2027. Pendant un an, vous avez potentiellement payé l’impôt dans les deux pays.

Expatrié travaillant sur ses documents fiscaux dans un appartement en Thaïlande

Pour les expatriés non imposables en France (petites pensions), la situation est encore plus délicate : sans impôt français à déduire, pas de crédit d’impôt en Thaïlande.

💡 ASTUCE EXPAT

Avant de transférer des fonds en Thaïlande, séparez vos comptes par origine. Un compte pour les pensions, un autre pour l’épargne ancienne, un troisième pour les revenus courants. En cas de contrôle, vous pourrez prouver facilement que tel virement provient d’une pension déjà imposée en France, et tel autre d’un capital antérieur à 2024. Cette organisation évite des heures de paperasse et potentiellement des milliers de bahts de pénalités.

Et les visas spéciaux ? LTR et Thailand Privilege

Les titulaires d’un visa LTR (Long-Term Resident) bénéficient d’un avantage fiscal majeur : leurs revenus de source étrangère transférés en Thaïlande sont exonérés d’impôt, quelle que soit leur date de perception. Ce visa concerne les catégories « Wealthy Pensioner », « Wealthy Global Citizen » et « Work-from-Thailand Professional ».

Le Thailand Privilege (ex-Elite Visa), en revanche, n’offre aucun avantage fiscal. Ses titulaires sont soumis aux mêmes règles que les autres résidents fiscaux dès qu’ils dépassent 180 jours de présence.

Si votre situation fiscale est un critère important dans votre choix de visa, consultez notre page sur les visas pour la Thaïlande.

Questions fréquentes sur la fiscalité expatrié en Thaïlande

Dois-je déclarer mes revenus en Thaïlande si je suis retraité français ?

Si vous résidez plus de 180 jours par an en Thaïlande, vous devez en principe obtenir un numéro d’identification fiscale (TIN) et déposer une déclaration avant le 31 mars. Vos pensions françaises devraient être exonérées en Thaïlande grâce à la convention fiscale, mais vous devez pouvoir le prouver avec vos avis d’imposition français.

Mes économies transférées en Thaïlande sont-elles imposables ?

Les capitaux accumulés avant le 1er janvier 2024 peuvent être transférés en franchise d’impôt, à condition de fournir des relevés bancaires prouvant leur antériorité. Les revenus perçus à partir de 2024 et transférés en Thaïlande sont potentiellement imposables.

Que se passe-t-il si je ne déclare pas mes revenus en Thaïlande ?

Le Revenue Department applique des pénalités de 1,5 % par mois sur les impôts impayés, plus une amende forfaitaire pouvant aller jusqu’à 2 000 bahts thaïlandais (THB) par mois de retard. En cas de fraude avérée, des poursuites pénales sont possibles.

La Thaïlande échange-t-elle des informations fiscales avec la France ?

Oui. Depuis 2024, la Thaïlande applique le CRS (Common Reporting Standard), la norme internationale d’échange automatique d’informations bancaires. Le fisc thaïlandais reçoit les données de vos comptes à l’étranger (soldes, intérêts), et inversement. L’anonymat bancaire entre les deux pays n’existe plus.

Comment réduire mon impôt en Thaïlande légalement ?

Plusieurs leviers existent : les abattements personnels (60 000 THB par contribuable), les déductions pour conjoint et enfants, les cotisations à certains fonds d’investissement thaïlandais (RMF, SSF), et bien sûr le crédit d’impôt prévu par la convention fiscale si vous avez déjà payé l’impôt en France. Consultez un fiscaliste local pour adapter ces outils à votre situation.

Puis-je rester moins de 180 jours pour éviter l’impôt thaïlandais ?

C’est une stratégie adoptée par certains expatriés. En restant 179 jours maximum par an en Thaïlande, vous n’êtes pas résident fiscal et vos revenus étrangers ne sont pas imposables localement. Mais cela implique de passer près de six mois ailleurs chaque année, ce qui n’est pas compatible avec tous les projets d’installation. Vérifiez aussi les implications sur votre assurance santé expatrié.

Les informations de cet article sont données à titre indicatif et peuvent évoluer. La fiscalité internationale est complexe et dépend de votre situation personnelle. Avant toute démarche, consultez un professionnel spécialisé en fiscalité internationale ou un avocat fiscaliste basé en Thaïlande.

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